Savasana, la posture du cadavre

➤ Ne skippe pas le savasana
On skippe le savasana parce qu’on a l’impression que la pratique finie, que le vrai travail est derrière nous et que rester allongé(e) là, les yeux fermés, immobile, c’est du temps perdu.
On a sué, on a tenu les postures, on a respiré dans l’inconfort et maintenant on plie le tapis et on rentre.
Comment te dire que c'est tout ce qu'il ne faut pas faire.
Ce qu’on ne voit pas, et qu'on ne sait pas, c’est que savasana n’est pas la conclusion de la séance, c’est son aboutissement.
➤ Ce qui se passe dans le corps
Le yoga est une pratique d’activation. Chaque posture, chaque transition, chaque souffle intense demande à ton système nerveux sympathique (celui qui gère l’effort, la vigilance, la réponse au stress) d’être en éveil.
Ton corps est mobilisé. Ton cœur bat plus vite. Tes muscles sont sous tension. Ton cerveau est concentré.
C’est exactement ce qu’on recherche pendant une séance de yoga dynamique. Mais à un moment, il faut basculer et
Savasana, c’est ça.
Quand tu t’allonges et que tu t’immobilises vraiment, le système nerveux parasympathique prend le relais. C’est lui qui gouverne la récupération, la digestion, la régénération. C’est sous son influence que la pression artérielle redescend, que le rythme cardiaque ralentit, que le cortisol (l’hormone du stress) commence à se dissiper.
Les muscles reçoivent enfin le signal qu’ils peuvent relâcher en profondeur. Les tensions chroniques que tu portes dans les épaules, dans la mâchoire, dans le bas du dos, elles ont besoin de ce moment-là pour commencer à se défaire.
Et le cerveau, lui, consolide ses connaissances et sa compréhension. Exactement comme pendant le sommeil, il enregistre ce qu’il vient d’apprendre : les nouveaux schémas de mouvement, les nouvelles façons de respirer, les nouvelles connexions neuromusculaires. Sans savasana, cette consolidation n’a pas lieu. Tu traverses alors la séance, sans rien intégrer.
C’est comme sortir un gâteau du four dix minutes trop tôt. La forme est là, mais la cuisson, le plus essentiel n'est pas optimal.
➤ Ce qui se passe dans le mental
Il y a quelque chose d’inconfortable dans savasana que peu de gens nomment vraiment.
Quand le corps se dépose, le mental s’agite. C’est normal et c'est même prévisible.
Pendant la séance, l’effort physique occupe le mental, il n’a pas le temps de partir dans tous les sens. Mais dès que le corps s’immobilise, les pensées remontent : les listes, les tensions, les conversations non terminées, etc... tout ce qu’on avait mis de côté le temps d’un vinyasa. Et c’est souvent là qu’on fuit.
On se dit qu’on a autre chose à faire, qu’on n’a pas le temps, que de toute façon on n’arrive pas à se détendre. Alors on plie le tapis, on remet les chaussures, et on repart avec tout ce qu’on portait en arrivant.
Mais savasana, justement, c’est l’invitation à rester avec ça (l'inconfort).
C’est peut-être l’acte le plus difficile du yoga: rester immobile et conscient sans rien faire, surtout dans un monde qui valorise l’action, la performance, la productivité à chaque instant. C'est à contre-courant de ce que l'on a appris.
On a appris à remplir les silences, les espaces vides. On utilise le téléphone dans les files d’attente, la musique dans les transports, les podcasts en cuisine ou avant de se coucher.
L’immobilité sans but nous met mal à l’aise parce qu’on ne sait plus très bien qui on est quand on ne fait rien.
Savasana nous force à répondre à cette question.
➤ Ce que disent les traditions
Le nom sanskrit de cette posture vient de deux mots : sava, le cadavre, et asana, la posture.
En quelque sorte, c'est pratiquer la mort. Pas de manière morbide, mais dans ce que la mort a de plus radical et de plus libérateur : l’abandon total du contrôle.
Dans la philosophie du yoga, savasana est considérée comme la posture la plus difficile et la plus importante de toutes. Elle incarne le concept de pratyahara, le retrait des sens, quatrième étape sur le chemin des huit membres du yoga selon Patanjali. C’est le passage entre le monde extérieur et le monde intérieur.
C’est un lâcher prise conscient. Et c’est radicalement différent du sommeil, où l’on bascule dans l’inconscient. Ici, on reste présent dans l’absence d’effort. On est témoin de son propre relâchement.
Dans certaines traditions, on dit que savasana nous prépare au grand passage. Que s’entraîner à mourir un peu, régulièrement, c’est apprendre à ne pas s’accrocher : aux postures, aux résultats, aux identités qu’on construit autour de ce qu’on fait.
➤ Ce qui circule
D’un point de vue énergétique, la séance de yoga est un travail de circulation du prana, l’énergie vitale qui traverse le corps selon les traditions ayurvédiques et yogiques.
Chaque posture ouvre des zones, libère des blocages, stimule des nadis, ces canaux énergétiques invisibles qui irriguent le corps subtil. Chaque respiration consciente amplifie cette circulation.
Mais l’énergie libérée a besoin de se redistribuer.
Savasana, c’est le moment où le prana se stabilise. Où ce qui a été remué, déplacé, réveillé pendant la séance trouve sa nouvelle place. C’est l’intégration énergétique, aussi réelle que l’intégration physique, même si elle échappe à nos instruments de mesure.
➤ Pourquoi rester
Tu viens de passer une heure à demander à ton corps de tenir, de pousser, de plier, de respirer dans l’inconfort.
Tu lui as offert de l'attention et de l'écoute. Savasana, c’est laisser ce quelque chose exister vraiment.
Cinq minutes, parfois dix, les yeux fermés, les paumes ouvertes vers le ciel, le souffle qui ralentit tout seul, le sol qui te porte sans que tu aies à faire quoi que ce soit. Tu n’es rien d’autre que toi-même dans cet instant.
Dans un monde qui ne s’arrête jamais, choisit de t’arrêter. Reste jusqu’à la fin. Laisse le gâteau cuire.
Dans le Romy Yoga Club, le studio en ligne, il y a une section dédiée au savasana. Tu as accès à différents Savasana guidés pour toujours finir ta pratique au mieux.
Créé et réalisé par Romane Vilarem